DU ROCK, DE L'ALCOOL ET UNE PETITE FAMILLE!!! (...and other revelations) Critiques d'albums, de concerts et tranches de vie
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Le
TROKSON vient de nous prévenir qu'ils annulaient notre concert. Ils
prétendent n'avoir jamais donné leur accord et ont prévu quelqu'un
d'autre.
Qu'importe
le mois passé et les efforts consentis pour retravailler notre
setlist en vue de ce concert acoustique
Qu'importe
qu'avec Damien nous y soyons allé samedi dernier pour confirmer
notre présence, laisser flyers et affiches et écouter les (bons)
groupes programmés.
Qu'importe
que Julien se soit cassé le cul à faire une belle affiche et à
faire de la comm sur le net.
Qu'importe
les heures passés par Damien à démarcher le bar (qui ne daignait
lui répondre que par mail) et à poser des affiches dans tout le
quartier.
Qu'importe le
jour de congé que j'ai spécialement pris pour etre à l'heure aux
balances.
Qu'importe
Pierre qui avait accepté sympathiquement de faire notre première
partie, qu'importe tout les bons amis ou famille qui avaient
réservé leur soirée pour venir nous voir.
Qu'importe
les éventuels passants ou lecteurs intéressés qui viendraient nous
découvrir et se diront que Hello Darkness, c'est vraiment des bons
à rien.
Qu'importe
pour le Trokson car il est évident que les candidats se bousculent
à leur porte, notre boycott et notre propagande concernant leur
inélégance et leur irresponsabilité ne les fera pas
boiter.
Qu'il
en faut de la motivation pour faire du rock à Lyon!
Qu'importe,
Hello Darkness (qui porte décidément bien son nom) en a à
revendre.
Il est
arrivé de nulle part, Harold Martinez, et seule la mort
l’accompagnait. On aurait pu le croire Américain, d’un
coin désert écrasé de silence et de soleil, où tout garçon de plus
de 10 ans porte chapeau et flingue. Mais, tout comme les héros
lyonnais de the Good Damn, Harold Martinez est français, ce
qu’on pourrait deviner à un accent anglais approximatif, mais
rarement dérangeant, pour cause de musique trop captivante.
Simplement, Harold Martinez semble avoir le même DiEu que the Good
Damn, ou que votre serviteur : David Eugene Edwards. Dans
cette country rock poussiéreuse, qui vient progressivement plomber
d’une grosse basse et d’un rythme martial des titres
débutant à la guitare sèche, voire au banjo… Dans cette
manière d’hurler vers le ciel, faute de mieux… La
filiation est particulièrement présente sur « Acid
Rain », mais l’esprit de 16 Horsepower flotte sur la
demi-heure d’un album qui ne contient pas une minute de
trop.
Birdmum
reste cependant un album très personnel, le solitaire chanteur
s’y mettant à nu avec une rare sincérité, rendant encore plus
poignantes des compositions déjà bien empruntes de tristesse.
Au dos d’une pochette simple mais très réussie, évoquant au
premier coup d’œil le contenu musical du disque, une
simple phrase : Dédié à ma mère. Birdmum est un album
endeuillé, une noire peinture sur l’absence inexplicable.
Harold Martinez, s’est retrouvé subitement tel ce petit
garçon sans ami qui parle à la pluie décrit sur
« Quicksand Boy ». Désemparé, sans doute
n’a-t-il trouvé comme support à sa peine que la musique.
Sera-t-il apaisé d’avoir fait porter à chacun de ses
auditeurs une petite part de sa tragédie ? On lui souhaite, tant
les paroles de ses chansons décrivent une douloureuse réalité,
notamment celles des deux morceaux folk (guitare et voix
uniquement) de l’album, « White Falcon » (1) et
« Birdmum ». Ce morceau conclue de manière
particulièrement glaçante le disque et résonne dans la tête et dans
les tripes d’un auditeur forcément remué. Soudain conscient
de la lame flottant au dessus de lui comme de chaque être
humain…
(1)
Because i’m lost because i’m dead, without my mum I
live in hell, everyday I scream my pain, everyday I live in
vain….
Quatre
ans après le superbe Enter the Automaton, les Stéphanois de B R OAD
WAY nous reviennent avec Solo System Revolution qui creuse le
sillon d’une electro pop désenchantée quoiqu’un peu
plus lumineuse par moments. Conservant des voix ou discours en
arrière plan (les chants aliénés de « Madison Ave.
Hangover »), des bruits de machines et des introductions
qui prennent leur temps pour nous installer dans l’ambiance,
B R OAD WAY reste sur un créneau mélancolique qui évoque
encore le Radiohead de la grande époque (1), d’autant que les
thèmes abordés dessinent toujours une société malade de la
technologie, de l’abrutissement médiatique, de la
consommation (la première phrase du disque est « She
Buys more than she needs only to give away…. »)
s’orientant dangereusement vers une dictature mondialisée
d’un genre nouveau. Une impression qui culmine sur le
magnifiquement arrangé « Solo System Revolution » où, de la
basse aux différents claviers, tout les instruments jouent une
partition subtile dans un style assez rare chez un groupe français.
La subtilité est d’ailleurs le mettre mot de cet album,
chaque intervention des cuivres, des machines
(« Transistors ») ou des solos de guitare saturée (très
bons, comme sur « Japonese Super Trains ») venant
idéalement agrémenter le morceau plutôt que le
parasiter.
C’est
dans ces arrangements, dans l’habillement des silences, ainsi
que dans des tempos plus souvent soutenus et moins électroniques
que Solo System Revolution se démarque de ses prédécesseurs et
montre régulièrement un coté chaleureux à l’image du
magnifique « Last Words Said on TV », pop song
entrainante aux chœurs surprenants et aux mélodies évidemment
très travaillées. B R OAD WAY s’arrange souvent pour placer
quelques dissonances (ici au clavier) qui viendront contrebalancer
le coté joyeux de certains morceaux, comme un écho de paroles
résolument graves. Autre qualité à mettre à l’actif du groupe
que ces textes soignés, chantés dans un anglais maitrisé par Fabb.
On ne trouvera rien à redire à la voix agréable du leader, qui
privilégie là encore beauté à extravagance, voix au service de
chansons dont absolument aucune ne vient perturber la qualité de ce
disque.
Outre
Radiohead, j’ai pensé à Mogwai pour les mélodies délicates de
guitare ou piano (l’intro de « Invisible
Wars » évoque d’ailleurs celle de « Yes i am a long
way from home ») ou au David Bowie d’Outside sur
« Buy 1 Get 1 Free Therapy », titre un peu à part qui
mêle avec réussite hip hop, voix robotiques, piano et saxophone. Le
coté expérimental de B R OAD WAY, jamais loin, explose ici avec
toujours la même réussite. Avec de telles références on ne doute
pas que les Stéphanois puissent séduire les auditeurs les plus
exigeants, tout comme un large public puisse accrocher à des tubes
potentiels comme l’entrainant « Pure Gold » ou le
single pop parfait « Days of Reckoning » en tout début
d’album. Encore faudrait il que certains medias parisiens
prennent le risque de sortir des sentiers battus et des artistes
pré formatés, arrêtent de courir derrière le buzz du jour et
s’intéressent aux excellents groupes qui pullulent dans les
différentes régions de l’Hexagone (2). B R OAD WAY n’en
a cure et préfère dépenser son énergie à faire de bons albums
plutôt qu’à agiter les bras pour attirer l’attention.
Si c’est le prix à payer pour se maintenir à un tel niveau,
je leur pardonnerais volontiers de rester mon groupe à moi et rien
qu’à moi….
(1)
« Japonese Super Trains » me fait ainsi
irrémédiablement penser au maxi Airbag / How Am I
Driving ?
(2)
Même à Lyon, c’est dire… (j’en parle
prochainement)
Après
avoir évoqué mon MTV Unplugged préféré, à savoir celui d’Alice in Chains, voici une belle
madeleine musicale pour tous ceux qui étaient plus ou moins ados en
1994 avec la plus connue de ces prestations acoustiques, celle de
Nirvana. Jusqu’à ce live posthume, j’étais passé
complètement à coté du groupe de Seattle pour deux raisons. La
première, c’est qu’en commençant à m’intéresser à
la musique en 1992, je n’avais pas la culture
nécessaire pour me rendre compte de la révolution musicale que
représentait le grunge. Techniquement pauvre à mes oreilles
novices, je ne réalisais pas que ce que je prenais pour des défauts
était justement la grande qualité de ce
mouvement, pensé contre les dérives grandiloquentes
du rock de l’époque. Je n’ai d’ailleurs réévalué
Nirvana que très récemment, appréciant ces compositions efficaces,
brutales et sans fioritures particulièrement absentes de la
production rock actuelle. La deuxième raison était
qu’en 1992, c’était une overdose médiatique de Nirvana,
on en parlait et en entendait partout et tout le temps, ce qui eut
le don de me dégouter de la moindre note de Nevermind.
J’écoutais attentivement In Utero, et même si à la
lecture des excellents articles du Golb et de Planet Gong je réalise l’importance de
cet album, je reste sur mon impression d’alors :
mitigée. Autant j’ai accroché immédiatement à des morceaux
comme « Milk It » (depuis lors mon favori du groupe),
« Tourette’s » ou « Very Ape »,
autant les morceaux les plus entendus (« Rape me »,
« All Apologies », « Heart Shaped Box » dans
une moindre mesure) m’ont toujours gonflé. Lassé du grunge
(qu’il ne réussira à tuer qu’en se mettant une balle
dans la tête), Cobain avait à mon gout encore des progrès à faire
dans sa tentative de reconversion en songwritter à
l’ancienne. Dieu seul sait s’il en serait sorti grandi
(tel Mark Lannegan) ou ridiculisé (qui a dit Chris Cornell ?),
mais je le trouve encore à quelques exceptions près bien meilleur
dans le registre bruitiste.
Et
pourtant, contre toute logique, c’est avec ce MTV Unplugged
que je raccrochais avec Nirvana (considérant même à l’époque
ce disque comme le meilleur de 1994 (1)), en complète opposition
avec de nombreux fans du groupe qui pensaient, les imbéciles, que
Cobain s’était trahit en coupant l’électricité. La
raison principale me saute aux yeux aujourd’hui : ce
live est constitué presque pour moitié de reprises, toutes
excellentes. Car au niveau des compositions originales, c’est
peu dire que la setlist développée est décevante : le plombant
« All Apologies », l’anecdotique « On a
Plain », le trop entendu « Polly » et surtout un
début de disque terrible avec le morceau le plus rasoir de Bleach
(« About a Girl ») et le pire de Nevermind
(l’insupportable scie « Come As you Are »).
Ces titres ne sortent pas grandis du traitement acoustique et
du support du violoncelle, qui fera en revanche des merveilles sur
« Dumb ». A l’inverse, le MTV Unplugged propose
deux des plus grandes chansons de Kurt Cobain, « Something in
the Way » et surtout « Pennyroyal Tea », prouvant à
elle seule que les prétentions du leader de Nirvana à citer Leonard
Cohen n’étaient pas usurpées.
Je ne
sais pourquoi Cobain décidé d’intégrer autant de reprises à
la prestation de son groupe : manque de confiance ou lassitude
de ses compos, difficulté à les transposer en acoustique, volonté
de mettre en lumière ses sources d’inspiration ?
Toujours est il que c’est bien ces morceaux qui font une
grosse part de l’intérêt du live. Transformant le titre
initial en « Jesus doesn’t want me for a Sunbeam »,
Cobain rend de sa voix lasse un superbe hommage aux
Vaselines, groupe inconnu (avant ce live) qui l’inspira
fortement, aidé par la touche d’originalité qu’apporte
l’accordéon de Krist Novoselic. Vient ensuite la reprise la
plus surprenante (dans une setlist qui l’est déjà beaucoup),
avec une magnifique interprétation du « the Man who Sold the
World » de David Bowie. Une telle réappropriation d’un
morceau est rare, à tel point que beaucoup croient encore que
« the Man who Sold the World » est un titre de Nirvana.
La seule écoute attentive de cette reprise permettrait de faire
taire ceux qui maintiennent que le groupe de Seattle ne savait pas
jouer (2) : chaque membre du trio y est particulièrement
brillant, et je suis encore touché à la millième écoute par ce
final où guitare acoustique et violoncelle s’emmêlent
majestueusement.
Nirvana
réserve une autre surprise à son public en invitant deux membres
d’un groupe confidentiel, les Meat Puppets, à les rejoindre
pour interpréter pas moins de trois de leurs titres. Un pari risqué
qui ne fut pas du gout des producteurs de MTV (qui auraient bien vu
à leur place quelques stars du grunge), mais une incontestable
réussite tant cet enchainement « Plateau », « Oh,
Me » et « Lake of Fire » est incontestablement le
moment marquant du concert. La voix de Cobain est incroyable,
torturée comme jamais, les solos de guitare font mouche,
l’ensemble apporte un nouveau souffle tout en restant dans le
registre précédant. Je ne sais pas si l’adaptation de ces
morceaux par Nirvana fut conséquente ou mineure, n’ayant pas
comme une majorité de fan sauté sur les quelques exemplaires du
Meat Puppets II (où apparaissent ces trois titres) trainant de puis
1984 dans les bacs à soldes des disquaires, transformant subitement
ce disque en Graal du grunger de base. Mais même sans connaitre les
originaux, ne serait ce que par les textes, on comprend qu’un
passionné de rock indépendant comme l’était Cobain fut tombé
sous le charme de ce groupe. Restait à conclure avec la manière, et
je n’apprends rien à personne en disant que le défi est plus
que relevé avec cette vibrante interprétation du classique blues
« Where did you sleep last night », la conviction que
Cobain mettant à gueuler son déchirant refrain inscrivant une fois
encore ce titre dans le panthéon des reprises.
Bref,
les moments convaincants du MTV Unplugged compensent largement ses
passages plus convenus et si ce concert ne s’inscrit plus
aujourd’hui dans mes albums fétiches, je l’ai tellement
écouté à une époque qu’il ne pouvait pas être absent de ma
rubrique Loved Lives. Ce disque en dit plus long sur
l’état d’esprit de Kurt Cobain et sur sa fin prochaine
que la quantité astronomique de biographies opportunistes qui ont
fleuri sur sa tombe. Entouré de bougies, il hurle son désir de
changement, presque de purification (les paroles de
« Pennyroyal Tea ») d’un succès qui l’a
détruit (3), et présente un enregistrement à l’opposé de ce
que le public attendait comme successeur pour In Utero. Docile,
celui-ci suivra quand même en masse, sensible à la beauté de ce
chant du cygne, sans pour autant y comprendre
grand-chose…
(1)
c’est dire comme j’étais inculte….
(2)
Il est toujours bon de le rappeler. Je me souviens d’une
théorie parmi les centaines plus ou moins farfelues qui pullulaient
à l’époque prétendant que Cobain s’était suicidé car il
ne savait pas suffisamment bien jouer de la guitare pour répondre
aux attentes d’un si nombreux public….
(3)
Et qui ne fit pas que du bien aux Meat Puppets, à tout jamais
prisonniers de l’ombre de Nirvana, éblouis par une mise en
lumière involontaire et trop soudaine.
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