.
J'avais un peu hésité il y a plus de 6 mois à acheter ma place pour le Grand Show Spectaculaire du Alice Cooper Circus à la Halle Tony Garnier, mais avait finalement cédé à la tentation d'écouter pour la première fois en live les tubes de la grande époque - il y a une quarantaine d'années, donc - de la vieille sorcière maquillée. Et là, le jour J, j'ai comme un doute. D'abord parce qu'on est un dimanche soir de Novembre, et que j'ai donc envie de tout sauf de sortir, surtout pour un concert annoncé à 19h00... Et qu'en plus j'ai depuis écouté la dernière production contractuelle de notre papi chanteur, intitulée Welcome 2 my Nightmare. Malgré des disques qui sont depuis belle lurette très inégaux dans la médiocrité, j'ai toujours respecté Alice Cooper pour une seule raison : l'autodérision - comme un sticker virtuel « attention second degré » collé sur chacun de ses albums. Mais le dernier en date déroge à la règle. Je n'étais bien sur pas dupe quant à son titre, qui tente de faire croire à la continuité avec l'un des meilleurs albums d'Alice Cooper, son premier en solo sorti en 1975. Mais son contenu m'a profondément déçu, d'abord par son manque de qualité (à coté de quelques titres efficaces, il y a vraiment des trucs affreux) alors même que le légendaire Bob Ezrin est aux manettes et que les excellents membres du line up original (1) participent pour la première fois à la composition et l'enregistrement de quelques titres, mais surtout par la récupération indigne de certaines mélodies du Welcome to my Nightmare mélangées dans un grand n'importe quoi stylistique. Le sympathique Dirty Diamonds avait séduit pas mal de monde avec un certain retour aux sources (ou auto plagiat pour être exact, mais qu'importe) et une diversité agréable. Je n'ai pas écouté le suivant, Along Came a Spider, qui a eu plutôt bon accueil, mais il semblerait qu'Alice Cooper ait voulu sur sa dernière production reproduire ce schéma en forçant trop la dose, aboutissant à des grands écarts gênants entre les différentes époques qu'il a traversé. Pour faire bref, remplacer l'humour par la prétention était la dernière chose à faire, en particulier avec un tel album.
Qu'importe finalement ce Welcome 2 my
Nightmare, puisque ce n'était pas ce que j'étais venu écouter,
j'espérai juste que la setlist n'y accorde pas trop d'importance.
Et après un week end à garder les enfants, j'avais bien mérité de
me détendre en allant voir les clowns (les 45 euros payés auraient
de toutes manière annulé toute
flemme de dernier instant). Belle performance, je suis à la Halle
Tony Garnier à 19h20. Le temps de prendre une bière, et je me
dirige vers la fosse clairsemée pour assister à la prestation de la
première partie, the
Treatment, qui a déjà débuté. Cinq très jeunes gars
exécutent une compo dans la plus pure tradition metal, avec cheveux
longs de rigueur et voix éraillée selon le dogme Brian Johnson.
Coté fringue, c'est plutôt sobre pour le genre, juste du noir, du
cuir, et du poil. Ca avait l'air bien, mais je ne peux en dire plus
car à 19h26, le groupe salue et se barre. Il faudra qu'on
m'explique l'intérêt de ce concept de demi première partie.... A
partir de là, je sais avec précision qu'Alice Cooper va débarquer
sur scène à 20h00, et prédit que les lumières se rallumeront à
21h30.
J'ai donc un peu de temps pour observer
le public, et ca vaut vraiment le coup. J'avais déjà pu voir une
magnifique collection de T-Shirts ringards, avec plein d'ados
vantant les mérites des Guns n'Roses, véritable bond temporel (pas
autant que l'improbable T Shirt préhisrockite de Rose Tattoo !!) et
même des gens avec des bandanas ! Certains sont plus cuir et clous
(j'ai croisé pour la première fois une fatma gothique), quelques
jeunes ont tenté le maquillage d'Alice Cooper. En fait, depuis que
je suis arrivé, c'est moi que l'on regarde bizarrement, j'ai même
entendu sur mon passage un gars murmurer « ben ca c'est
décalé ». Il est vrai qu'avec mon survet adidas rouge aux
couleurs de mon club de judo, mon jean et mes baskets blanches,
j'ai plus l'air d'un con qui sort de son barbecue dominical que
d'un fan de metal, j'aurai peut être du fouiller ma cave à la
recherche de mon légendaire T Shirt Manowar.... Je n'ai jamais vu
un public aussi hétérogènement millésimé. Les papas ont ramené leur
fiston, et je pense qu'il y a parfois trois générations de rockers
à être venus ensemble. En fait, on pourrait presque jouer aux 7
familles (2): dans la famille gothique, j'ai
vu la grand-mère sortir des premiers rangs à la fin du concert,
incroyable avec ses lorgnons à chainette aux branches motifs
araignée sur fond noir.
19h58 (ah, ma montre est un peu en
retard), les lumières s'éteignent sur fond du dialogue introductif
de « the Black Widow ». D'un coup, le voile noir masquant la scène
est arraché et le groupe attaque ce très bon titre de Welcome to my
Nightmare. Comme on peut s'y attendre, la scène est décorée en mode
série Z, avec mannequins et accessoires lugubres. Alice Cooper est
juché sur un podium assez haut, tel un tribun, dont l'habit noir
serait agrémenté d'un ridicule dispositif de pattes d'araignées
gonflables accroché à ses bras. Je ne boude pas mon plaisir,
d'autant que ses mains se mettent presque d'emblée à produire
quelques étincelles façon gâteau d'anniversaire. Derrière lui, sur
une estrade, se trouve un batteur qui essaye d'attirer l'attention
avec force gesticulation ou jonglage de baguettes. S'il aura son
quart d'heure de gloire plus tard, pour le moment tout le monde
s'en fout car, outre le grand guignol central qui amuse la galerie,
la guitare solo en chef est tenue par une jeune fille court vêtue
qui concentre forcément plus les regards. Assez fascinant de voir
que cette jolie blonde qui n'a pas lésiné sur le maquillage
sanglant est une branleuse de manche
hors pair... Un gladiateur bassiste et un guitariste au look techno rock complètent cette
joyeuse bande assez jeune qui s'éclatera sur scène tout au long du
concert. Contrastant avec le reste du groupe, situé tout à droite,
un vieux moustachu à casquette en cuir fera son job de troisième
guitariste multi fonction peinardement, sans faire même mine de
s'intéresser au bordel ambiant, mis à part brièvement lorsque les
personnages de foire du show viendront à quelques reprises le
titiller. Curieux.... (3)
Alice Cooper descend l'escalier
métallique sur lequel il nous dominait sans se casser la gueule
malgré ses 8 bras, et entame le bien nommé « Brutal Planet » que je
reconnais à son refrain, un titre assez efficace à défaut d'être
très marquant (je préfère dans le genre « Dirty Diamonds », qu'on
n'aura pas ce soir). Puis c'est l'immanquable « I'm Eighteen », le
sourire esquissé en entendant les cartes vermeil de mon entourage
gueuler le refrain s'efface de mon visage lorsque je constate que
les deux gars tout excités devant moi ont, ces salauds, vraiment 18
ans. La suite du concert enlèvera mes craintes restantes quant à la
setlist : que du bon vieux tube, interprétés sans prise de risque
mais avec conviction, Alice Cooper donnant de la voix avec juste ce
qu'il faut de petites faussetés pour qu'on soit certain qu'il ne
s'agisse pas de playback (4). Le chanteur
aura entre temps distribué au public des billets de banque plantés
au bout d'une épée sur « Billion Dollar Babies » (5) et sorti son gros boa sur « Is it my Body ». Un
photographe de presse aura surgit de nulle part pour prendre un
gros plan de la star, interloquant les deux jeunes devant moi
tandis que je me doute qu'il finira plus tard tragiquement
empalé.
Arrive alors le grand moment du
concert, celui qui m'a vraiment tarté. Déjà fan à la base du
morceau « Halo of Flies », la version épique délivrée ce soir
m'aura époustouflé. Abandonné par Cooper puis par les guitaristes,
la scène est laissée libre à la paire rythmique, le bassiste pour
une fois frontman s'amusant à motiver le public avant de soutenir
son compère qui effectue un magistral solo de batterie avec force
jongleries et mimes. Les guitaristes reviennent après un long
moment pour conclure ce sommet live. Sur l'introduction du titre
suivant, Alice Cooper bondit sur la scène et, se retournant,
découvre au public un gros New Song inscrit sur son blouson, puis,
celui-ci retiré, le titre de cette fameuse nouvelle chanson, « I'll
Bite Your Face Up ». Je trouve ca très drôle, et représentatif de
cette autodérision dont je parlai en début d'article. En plus ce
single, à défaut d'être original, est bien efficace. Ce sera le
seul extrait du dernier disque, on aurait pu trouver ca un peu
limite mais qui s'en plaindra, d'autant que la tournée s'intitule
No More Mister Nice Guy
Tour et annonce donc bien une setlist best of....
celle-ci se poursuit avec un vieux titre plus surprenant (« Muscle
of Love »), puis Orianthi
Panagaris (la blonde) vient faire étalage de sa
technique seule éclairée au centre de la scène, dans un court solo
identique à tout les solos du genre (Slash faisait les même avec
les Guns il y a vingt ans). Et
puisqu'honneur a été fait à la demoiselle, Alice Cooper empoigne sa
plus vieille partenaire (la poupée Cold Ethyl) pour un slow langoureux sur «
Only Women Bleed », avant, comme prévu, de la martyriser sur « Cold
Ethyl ». Ayant vu quelques anciennes videos du Coop, je peux
prédire facilement ce qu'il va se passer sur scène, ce qui est un peu dommage. Cette intro
brouillardeuse annonce bien sur « Feed my Frankenstein », sur
laquelle notre rocker magicien va bien sur appeler Igor (6) qui transformera bien sur un faux Alice en
gigantesque mannequin Cooperenstein etc etc.... En revanche je suis
bien heureux d'être surpris en entendant « Clones », très bon
morceau sur laquelle bassiste et guitariste s'amusent à mimer des
automates au milieu de quatre Alice Cooper (dont un vrai). Après «
Poison » et son riff de guitare imparable, le chanteur revient
grimé en militaire pour le seul titre que je n'ai pas reconnu (et
aussi le moins bon du set), « Wicked Young Man ». A noter qu'après
des interventions de plus en plus insistantes, c'est sur ce morceau
que notre photographe de presse se fera embrocher par la canne
d'Alice Cooper. Mais celui-ci ne l'emporte pas au paradis,
puisqu'est venu la traditionnelle scène de la guillotine sur fond
de « I Love the Dead » repris en cœur par le public. Pour
finir en beauté, une sonnerie annonce un « School's out » pied au
plancher assez habilement mixé avec le tube de Pink Floyd « Another
Brick in the Wall ». Jusque là, nous avons assisté au même concert
au détail près que toutes les villes qui nous ont précédés.
La personnification vient juste pour le
rappel unique, « Elected », où Alice Cooper s'est fait floquer à
son nom le maillot de l'équipe de l'OL et a saisi un drapeau
Français sans même se tromper avec celui de la Hollande. Après
explosion de ballons cotillons et pluie de confettis blancs sur le
public, le groupe tire sa révérence. Il est, comme de juste,
21h33.
Je reste un moment à regarder la foule
qui s'éparpille, et les nombreuses personnes s'affairant autour de
la scène pour récupérer un souvenir. Certains repartent avec des
cotillons plein les poches, un gros moulon éclate avec des dizaines
de mains accroché à une canne - la mêlée s'éloigne sans que
personne n'ait lâché son butin. Le stand de merchandising est
assailli, les atroces T Shirts de la tournée s'écoulent comme des
petits pains, papi Alice n'aura pas de problème de retraite. Et
comme Alice Cooper a toujours su me faire cracher au bassinet
depuis que j'écoute de la musique, je repars avec un enregistrement
du concert de Lille qui a eu lieu trois jours avant, certain d'y
entendre exactement la même chose que ce soir. Evidemment, j'aurai
été plus émerveillé si je n'avais connu les vieux numéros du Coop
inchangés depuis des lustres, mais le Show formaté faisait partie
du contrat, on peut même dire que j'étais venu pour ça, et il aura
malgré tout laissé place à quelques moments surprenants. Je repars
détendu et de bonne humeur, ayant passé un excellent moment. A vrai
dire, je suis hyper tolérant sur la forme tant que les chansons
sont bonnes. Et qu'on le veuille ou non, le répertoire d'Alice
Cooper a peu de concurrents...

Setlist: The Black Widow - Brutal Planet - I'm Eighteen - Under My Wheels - Billion Dollar Babies - No More Mr. Nice Guy - Hey Stoopid - Is It My Body - Halo of Flies - I'll Bite Your Face Off - Muscle of Love - Solo Orianthi - Only Women Bleed - Cold Ethyl - Feed My Frankenstein - Clones (We're All) - Poison - Wicked Young Man - Killer / I Love the Dead - School's Out / Another Brick In The Wall - Elected
(1) Michael Bruce, Neil Smith, Denis Dunaway mais aussi Steve
Hunter et Dick Wagner, artisans du succès de Welcome to my
Nightmare.
(2) je n'ai aussi jamais vu autant de mamies à un concert
(3) alors en fait tout s'explique : le papi, c'est Steve Hunter...
(4) oui parce qu'au niveau communication avec le public et improvisation vocale, c'est le zéro absolu.
(5) Pour les ultras fans, je conseille les premiers rangs, facilement accessibles. Je sais où passe une partie du prix du concert, vu qu'outre les billets Alice Cooper aura balancé trois cannes ardemment disputées, sans compter les tombereaux de mediators déversés par le groupe.
(6) Ca aussi ca m'a fait rire, car je lis en ce moment un Terry Pratchett, pour ceux qui connaissent...
Spéciale dédicace à mon frangin Ben:











, mais ca sonnait bien !!
allez, si tu adores Alice Cooper, tu es pardonnée...







Commentaires